mardi 24 juin 2008

La loose

Je me sentais d’une lassitude exubérante. Mou, sans force, sans motivation. Je n’avais autre envie que de guérir au plus vite. La nausée. L’envie d'éjaculer ses tripes à chaque pas. Quand les choses étaient déjà assez lancinantes telles qu’elles étaient, le moindre problème supplémentaire pouvait vous traîner au pied du suicide. Je crois que j’ai attrapé froid. Mon crâne était lourd, à deux doigts de péter. Un rouleau compresseur essorait les souffrances de mon cerveau. A l’intérieur de mes paupières gonflées, mes yeux trempaient dans de l'acide sulfurique.

La nuit avait complètement chassé le jour. Je me souviens de ces réverbères dont les lueurs étaient des hexagones comme s'ils étaient derrière une multitude de filtres. L’image était peu nette, excessivement saturée, de la peinture diluées dans de la pluie.

J’avais de la fièvre. Lasse, les jambes lourdes, je rentrais chez moi. Dehors, ça bruinait un peu. Le paysage était orangé. Parfois les phares d’une auto illuminaient un coin de rue, puis les ténèbres. J’avais froid, très froid. Quant à mon souffle, il était tout simplement brûlant.

Dans le métro, j’essayais de dormir, de me reposer mais l’atmosphère ambiante semblait faire des siennes. Les chocs douloureux des wagons contre les rails, les éclats de voix, l’odeur infecte de l'Homme, leurs cris, leurs discutions à voix hautes. C’était le calvaire. Je ne suis pas parvenu à fermer l’œil. Ma tête pesait si lourd. Le larynx et l’hypopharynx se contractaient sans prévenir, même pas besoin de se fourrer des doigts dans la gorge pour avoir la gerbe à raz. Je me suis efforcé à garder la tête haute pour ne pas tout expulser. Les annonces du conducteur provoquaient des échos interminables à vous trouer le tympan. Malgré mes frissons, je transpirais de chaud.

Le cauchemar était bientôt fini, on approchait de la destination. Ce satané train devait faire une escale à la station Victor Hugo. Il fallait attendre le suivant. En sortant du wagon, le moindre courant d’air m’écorchait la peau. J’en saignais presque. Deux minutes après, le train s'est ramené la gueule. Je rentre dans un wagon vide, un sal bourdonnement en fond sonore, je prends une place ; tout disparaît. Je me souviens juste que je suis entré dans le fourneau ; je dégoulinais de sueurs, et tout est redevenu flou, sombre. Plus de bruit, plus de lumière. L'obscurité.



 
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