Le genre d'injure qui rappelle les scènes terribles et invisibles. Une porte bloquée, derrière laquelle on entendait tout mais ne voyait rien. Des parents qui s'enferment dans leur chambre et se disputent dans le dos de leurs gosses. Ils n'en sauront rien, pensaient-ils peut-être, puisque la porte est fermée. Les enfants font semblant de ne rien savoir parce qu'ils ne sont pas sourds ni aveugles. Derrière la porte verrouillée des parents, on entendait le bruit granulé des cheveux s'arracher, le choc des coups, des glaces se briser, des chaises se casser. Il lui crevait les tympans en hurlant, elle montait la voix à son tour, elle pleurait, elle criait, il aboyait, elle griffait, elle mordait, il étranglait, il aboyait, elle pleurait, elle pleurait. Quand maman ne parle plus, c'est la fin de la dispute. Elle ne parle pas ; elle ne parle plus. Ni à papa, ni à son fils. "C'est parce que c'est une femme et que les femmes c'est comme ça."
Un garçon, c'est parfois assez farouche. Ca tremble au bout d'un mot prononcé trop près de l'oreille.
La peur devait lui inonder la gorge, son corps malingre trahissait ses émotions. Les points serrés et des papillons dans l'estomac, une tête précairement posée sur les épaules, des jambes d'enfant devenues sans force, la peur, la nausée. Malgré tout, il ne pleurait pas. La vision trouble, les yeux mouillés, le coeur peureux sans doute ; parce qu'un homme ça ne pleure jamais que la nuit, parce que quand on est un homme on doit être fort, même quand on a 8 ans et qu'on préfère collectionner les images.

