jeudi 17 juillet 2008

Ghettoïsation

Je la regarde sans la voir, terrassé par la chaleur. J'avais presque du mal à inhaler l'oxygène dudit lieu en dépit de l'extraordinaire capacité d'adaptation de mon odorat. Faustine aussi était éreintée par cette canicule étouffante, une loque affalée sur le canapé. Comme elle risquait très certainement de se sédentariser sur le fauteuil, j'en ai profité pour me tirer de ce sanctuaire insalubre.

Pour s'échapper du cachot, c'était un peu comme traverser le no man's land. Fallait sauter par-dessus les chevaux de Frise (boîtes de Corn flakes) et éviter les mines antipersonnelle (godasses) qui gisaient au sol, ne pas se prendre les pieds dans les barbelés (cable électrique long d'au moins vingt mètres du grille-pain beige et marron) ou dans tous les détritus épars. Arrivé au seuil du pont-levis, j'ai jeté un dernier coup d'oeil la belle Cunégonde, toujours dans cette position un peu vulgaire, n'a même pas remarqué que je m'étais barré.

Des bouffées de chaleur à exterminer les asthmatiques les plus coriaces, le chiavari des mecs du B.T.P., le martèlement sans fin de l'acier contre l'acier, la pression du sang qui remonte la tête, l'atmosphère merdique, la volonté de se foutre en l'air. Me sentis tout à coup épuisé et atrocement déprimé. Je suis resté planter à l'entrée comme un con pendant deux minutes infinissables durant lesquelles tout mon passé a défilé, et notamment ma jeunesse où je vivais dans un foutoir pareillement crade. Ce que j'étais avant, ce qui je suis aujourd'hui, ce que je deviendrai demain ; j'ai commencé à penser à ce que j'allais branler après mes études, ce que j'allais faire après avoir quitté cette saloperie décharges.

Las, anéanti par un pessimisme soudain, j'examinais ce qui se trouvait directement sous mes yeux, c'est-à-dire une armoire à chaussures dont la portière droite était complètement défoncée. Blindée de pompes, comme si c'était un tableau, ça me foutait deux fois plus les jetons.

"Tu cherches quelqu' chose ?" me demanda Faustine au loin non sans hausser la voix. Ça m'a ramené sur Terre d'un seul coup, de la même façon qu'un gosse qui dort et qui se rend compte qu'il est en train de se chier dessus. "La sortie," ai-je répondu soupirant, et en me donnant les plus grandes peines du monde à avoir, sans faire la grimace, la tête d'un mec souriant. J'étais toutefois relativement heureux du fait qu'elle s'est aperçue de ma fugue. Elle a esquissé un sourire. Me regardait me barrer, mais je n'en avais plus envie. Alors qu'il y a trente secondes, j'étais sur le point de me défenestré... C'est fou à quel point un simple sourire peut vous faire oublier.

mardi 24 juin 2008

La loose

Je me sentais d’une lassitude exubérante. Mou, sans force, sans motivation. Je n’avais autre envie que de guérir au plus vite. La nausée. L’envie d'éjaculer ses tripes à chaque pas. Quand les choses étaient déjà assez lancinantes telles qu’elles étaient, le moindre problème supplémentaire pouvait vous traîner au pied du suicide. Je crois que j’ai attrapé froid. Mon crâne était lourd, à deux doigts de péter. Un rouleau compresseur essorait les souffrances de mon cerveau. A l’intérieur de mes paupières gonflées, mes yeux trempaient dans de l'acide sulfurique.

La nuit avait complètement chassé le jour. Je me souviens de ces réverbères dont les lueurs étaient des hexagones comme s'ils étaient derrière une multitude de filtres. L’image était peu nette, excessivement saturée, de la peinture diluées dans de la pluie.

J’avais de la fièvre. Lasse, les jambes lourdes, je rentrais chez moi. Dehors, ça bruinait un peu. Le paysage était orangé. Parfois les phares d’une auto illuminaient un coin de rue, puis les ténèbres. J’avais froid, très froid. Quant à mon souffle, il était tout simplement brûlant.

Dans le métro, j’essayais de dormir, de me reposer mais l’atmosphère ambiante semblait faire des siennes. Les chocs douloureux des wagons contre les rails, les éclats de voix, l’odeur infecte de l'Homme, leurs cris, leurs discutions à voix hautes. C’était le calvaire. Je ne suis pas parvenu à fermer l’œil. Ma tête pesait si lourd. Le larynx et l’hypopharynx se contractaient sans prévenir, même pas besoin de se fourrer des doigts dans la gorge pour avoir la gerbe à raz. Je me suis efforcé à garder la tête haute pour ne pas tout expulser. Les annonces du conducteur provoquaient des échos interminables à vous trouer le tympan. Malgré mes frissons, je transpirais de chaud.

Le cauchemar était bientôt fini, on approchait de la destination. Ce satané train devait faire une escale à la station Victor Hugo. Il fallait attendre le suivant. En sortant du wagon, le moindre courant d’air m’écorchait la peau. J’en saignais presque. Deux minutes après, le train s'est ramené la gueule. Je rentre dans un wagon vide, un sal bourdonnement en fond sonore, je prends une place ; tout disparaît. Je me souviens juste que je suis entré dans le fourneau ; je dégoulinais de sueurs, et tout est redevenu flou, sombre. Plus de bruit, plus de lumière. L'obscurité.

lundi 12 mai 2008

Le pont des Amants

C'est un petit hôtel de l'Est parisien. Une chambre simple, presque vide. La lumière traverse à peine les jalousies.

Ils entrent dans la pièce. Elle veut lui parler. Hésite. S'assoit et soupire. Il reste debout. Il attend.

Dans la chambre, il fait chaud. Les fenêtres fermées accentuent la lourdeur du temps. Elle dit : Tu vas rire. En te quittant, j'ai réalisé à quel point j'étais amoureuse de toi...

Il ne la regarde pas. Il ne dit rien. Elle le prend par le bras, le serre fort. Les larmes lui montent aux yeux, en même temps, elle lui demande pardon. Elle lui demande pardon plusieurs fois.

Le soir tombe. La pièce filtre les tons orangés du couché de soleil. Le vacarme cogne contre les murs. Les rues s'agitent. La foule. Elle se met à pleurer comme une madeleine. Elle dit qu'elle ferait tout ce qu'il voudra pour se faire pardonner.

Les yeux fermés, elle dit : Fais moi l'amour. Elle le supplie. Elle le touche, le caresse. Il lui dit Non. Elle s'impatiente, se lève, le foudroit du regard. Un regard hargneux, emplis de larmes. Elle arrache ses vêtements. Seins lourds en proue, hanches chevalines. Je t'ai dit de me baiser ! Plante moi ta queue sal de pervers ! C'est ça que tu veux hein ? hurle-t-elle. Alors viens, vas-y ! encule-moi ! Imperturbable, il la dévisage. Un regard glacial, implaccable qui lui déchire le coeur. Son amour, sa vie, tout fout le camp.

jeudi 24 avril 2008

INALCO

C'était essentiellement des cours du soir. Assez tard en général, mais tant mieux, la nuit a ses charmes. Elle et ses réverbères orangés, Paris en silence. Plus de klaxons, ni d'autos. Quelques taxis qui ronflent et une légère brise. Des étudiants ici et là, des silhouettes qui errent dans les rues de la capitale. Pour eux, la journée n'est pas terminée.

A Dauphine, les néons sont restés éclairés, comme si on avait oublié de les éteindre. Pas un chat dans les couloirs, pourtant il y a plus d'une centaines d'âmes qui vit entre ces murs.

Le soir, vous allez section Langues Orientales, vous retrouvez tous ces visages. Certains encore frigants ; éteints pour la plupart. Ces gens que vous voyez tout le temps qui ne vous parlent jamais. Vous ne connaissez pas leur nom, vous ignorez jusqu'à leur prénom. Toutes ces semaines qui passent sans un mot. Puis un soir sans raison ils viennent vous parler, ils viennent discuter, et c'est comme si vous vous connaissiez depuis toujours.

samedi 19 avril 2008

L'imbécile

Le genre d'injure qui rappelle les scènes terribles et invisibles. Une porte bloquée, derrière laquelle on entendait tout mais ne voyait rien. Des parents qui s'enferment dans leur chambre et se disputent dans le dos de leurs gosses. Ils n'en sauront rien, pensaient-ils peut-être, puisque la porte est fermée. Les enfants font semblant de ne rien savoir parce qu'ils ne sont pas sourds ni aveugles. Derrière la porte verrouillée des parents, on entendait le bruit granulé des cheveux s'arracher, le choc des coups, des glaces se briser, des chaises se casser. Il lui crevait les tympans en hurlant, elle montait la voix à son tour, elle pleurait, elle criait, il aboyait, elle griffait, elle mordait, il étranglait, il aboyait, elle pleurait, elle pleurait. Quand maman ne parle plus, c'est la fin de la dispute. Elle ne parle pas ; elle ne parle plus. Ni à papa, ni à son fils. "C'est parce que c'est une femme et que les femmes c'est comme ça."

Un garçon, c'est parfois assez farouche. Ca tremble au bout d'un mot prononcé trop près de l'oreille.

La peur devait lui inonder la gorge, son corps malingre trahissait ses émotions. Les points serrés et des papillons dans l'estomac, une tête précairement posée sur les épaules, des jambes d'enfant devenues sans force, la peur, la nausée. Malgré tout, il ne pleurait pas. La vision trouble, les yeux mouillés, le coeur peureux sans doute ; parce qu'un homme ça ne pleure jamais que la nuit, parce que quand on est un homme on doit être fort, même quand on a 8 ans et qu'on préfère collectionner les images.

lundi 14 avril 2008

Mes fesses sous surveillance

Aujourd'hui, enfin hier, j'avais un rencart avec un certain procto. Vous savez, les hémorroïdes et tout le tralala. Donc, je prends le métro, je me perds dans les rues, je recois le texto d'un certain Sébastien, un petit salopard de mon groupe de TD, il me dit qu'il veut qu'on se voit pour réviser ensemble la macro. OK. Je l'envoie chier poliment vous me connaissez, il me retextote, il me demande si on peut se voir avant le partiel de macro, je ne le réponds pas.

Ca m'a turlupiné un peu le cerveau son histoire à la con. J'avais l'impression qu'il voulait vraiment trop me voir. Bon. Allons-y franchement, je m'étais dit qu'il était homo et qu'il voulait que je lui enfile la bite. Un peu farfetched n'est-ce pas ? J'arrêtais pas de penser à ça. Comment un homme peut-il, bordel de putain de sa grand-mère la connasse, vouloir, ou même avoir l'idée de vouloir, faire des petites choses avec un autre homme ? Petite parenthèse, quand je pensais à ça j'étais déjà en train de décrire à l'examinateur d'anus mes ennuis de trou qui gratte. En même temps, me suis mis à imaginer des trucs horribles, vous savez, la pénétration anale, il y a des filles qui aiment un peu ça quand on les force.

"Vous connaissez la tradition ici, la position n'est pas très poétique..."

Hein ? Comment ça ?

Mosère furquinge bastard ! T'imagines ça ? Le bonhomme il te plante sa carotte grosse comme une courgette dans l'orifice dans le petit trou. Il desserre le sphincter au maximum, et s'amuse comme un enfant.

"Je vais commencer par un..."

Oh !

Et voilà comment ça a commencé.

Son doigt, il devait faire au moins 20 centimètres de long, comme celui d'E.T., il l'a mis tellement vite, avec une tel puissance et surtout tellement loin ! Oh mon dieu, sapristi de saperlipopette de ta mère !

"Tu fous quoi enculé ?" lui hurlais-je dans mon for intérieur, la grimace aux lèvres.

En tout cas, ça glissait comme à la patinoire.

"...touché rectal, c'est très désagréable mais ça ne fait pas mal."

L'aurait pu me l'dire plus tôt ce vieux pochetron. J'avais l'impression qu'il m'agrandissait les intestins car il faissait des espèces de cercles avec son doigt. A ce moment là je ne pensais plus au truc de gays, je subissais le truc. Dans fond, un doigt c'est un peu comme une bite... Après avoir fini sa gymnastique du doigt me suis dit que, diable, enculé, je ne serais, de ma vie, jamais jamais jamais homo ! Je me ferais jamais jamais surprendre par un homo sapiens à bite ! En fait, j'ai même eu le temps de finir de penser ça qu'il m'avait refourré son doigt dans le cul. C't enculé, j'étais en train de me redresser qu'il me dit de me remettre sur les coudes. Il a fait ça plusieurs fois, il retire son doigt viril, il le remet, il le réenlève. Bâtard, tu veux pas une Game Boy aussi ? Au bout de la troisième fois, ça a tilté dans ma tête. Il veut me faire ça à moi ! Sébastien de putain de biberonneur de sperme ! Alors comme ça il a envie de vider ses couilles sur ma tronche ? Sacrebleu ! Trépasse si je faiblis ! Il retire son doigt de proctologue, c'était comme un lézard son doigt, ou plutôt un serpent.

"Voilà, c'est terminé."

Je lâche un gros soupire, "la vie est un travail qu'il faut faire debout" (Alain). Je me redresse doucement car ça sent tout bizarre dans le ventre et je me rends compte avec horreur que je bandais comme un âne baté. J'avais la queue tellement dure, prête à péter, l'érection était si puissante que la pointe de ma pine dégoulinait. Nom d'une bite en bois. La honte ! La grosse te-hon ! Il me file une serviette pour m'essuyer le cul, je m'essuis la bite. Qu'est-ce qu'il m'arrive là ? Je regarde vite fait si j'ai pas éjaculé par inadvertance. Aucune trace de sperme. Je regarde le procto... il se lave les mains et regarde droit devant lui (càd il fixe le mur blanc tel Brad Pitt face à son mirroir) Putain, il est ultra gêné... Il ose pas me regarder moi et mon pénis d'animal en rutte, oh le truc de sa mère la ouf. Je me rhabille en silence, lui c'est comme s'il ne me voyait pas. Mon sexe était encore si enflé que j'avais du mal à remettre mon slip.

Marde, ça se trouve il m'a branlé pendant que j'avais les yeux fermés... mais qu'est-ce que je raconte. Tout ça à cause de deux textos et d'un homosexuel-like.

mercredi 9 avril 2008

1ère note

En général, la première note est un faux-semblant où l'on justifie, à tort, son crime. On y explique les motivations de l'existence dudit blog ; comme si le simple fait d'écrire avait un caractère ignominieux. Raison véritable ou vulgaire prétexte, le fait est que l'on ne se verra jamais être celui aux impulsions ardentes désireux de se confier, et qui, en dépit de ses transports, n'a rien trouvé de mieux que cette espèce de platforme virtuelle du no friend's land pour apaiser ses maux. Moins un blog a lieu d'être, plus il a besoin d'être légitimé.



 
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